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Confions la formation à la Confédération!
[ Eric-A. Denzler - Le Temps - 30.08.2005 ]
Lors d’un récent forum,
des personnalités de premier plan, dont Daniel Borel (Logitech),
ont plaidé pour que la responsabilité de
l’éducation soit confiée à la
Confédération. Alors que Pascal Couchepin
répondait benoîtement que celle-ci n’en avait pas
les moyens, évitant ainsi de s’engager sur le fond, les
partisans du statu quo ont défendu avec véhémence
la primauté des cantons. Il s’agit là d’un
faux débat.
En effet, la globalisation de
l’économie est une réalité incontournable.
L’Europe et la Suisse vont se retrouver laminées par les
deux géants que sont les USA et la Chine. Alors que nos
politiciens se déchirent sur les responsabilités des
différentes instances politiques, notre industrie, elle, a
déjà commencé à délocaliser des
unités de production. Pour continuer à garantir leurs
généreuses prestations, des cantons comme Genève
et Vaud, voire la Confédération, s’endettent de
façon massive, bientôt intolérable. D’ici
peu, nous allons être confrontés à un
problème existentiel majeur : accepter de ramener notre train de
vie à des niveaux plus modestes ou, alors, orienter notre
économie sur des activités dégageant une valeur
ajoutée suffisante pour maintenir salaires et qualité de
vie.
Privé de richesses
naturelles, fortement urbanisé, notre pays ne peut s’en
sortir que s’il cultive l’excellence à tous les
niveaux : main-d’œuvre, encadrement moyen ou top
management. Dans la compétition globale qui s’annonce,
seuls les meilleurs survivront. Le Prof. Yves Flückiger l’a
relevé récemment : « si le chômage est
élevé à Genève, ce n’est pas à
cause des frontaliers, mais bien parce qu’une proportion
croissante de la population n’a pas les compétences
nécessaires aux entreprises de pointe qu’abrite la
région genevoise ».
Or, force est de constater que
seules les Ecoles Polytechniques Fédérales de Zurich et
de Lausanne, ainsi que la Hochschule de Saint-Gall, peuvent se comparer
aux meilleures institutions mondiales. Certes, nos Universités
et nos HES distillent un enseignement de qualité mais, vu les
contraintes budgétaires des cantons, elles sont incapables
d’attirer les professeurs susceptibles de les amener au niveau
requis d’excellence.
Cette réalité est
déjà sensible en matière de recrutement de cadres
supérieurs. Confrontés aux besoins en recrutement de
notre économie, nous constatons que nombre de Romands ont les
capacités intellectuelles requises, mais souffrent de
connaissances linguistiques totalement insuffisantes.
Trop de managers romands sont médiocres en anglais, nuls en allemand.
Dans le même temps, nous voyons arriver des étudiants de
l’Université de Pékin qui, sans avoir jamais
quitté la Chine, parlent le français aussi couramment que
nous. Pour les Suisses, il devient donc urgent de maîtriser
parfaitement, comme leurs homologues chinois, au minimum une langue
étrangère, voire deux. Il ne suffit pas de pouvoir lire
le Financial Times, il est essentiel de pouvoir s’exprimer avec toutes les nuances et subtilités voulues.
Les exigences liées à
la globalisation ne concernent d’ailleurs pas que les langues. Il
est donc impératif de mettre en place les moyens qui permettront
à chacun d’acquérir le niveau de formation
nécessaire pour survivre dans le monde de demain. Hélas,
aucun canton n’en a les moyens.
Seule une volonté nationale
permettra une approche unique de l’éducation, favorisant
la mise en place de programmes et d’enseignants capables
d’assurer à tous un niveau de connaissances de
qualité supérieure, dans toutes les disciplines
essentielles. Aujourd’hui, nos particularismes locaux ainsi que
la multiplicité des approches, philosophies et manuels scolaires
engendrent des surcoûts faramineux, pour des résultats
très insuffisants.
La Suisse n’a pas le choix.
Soit elle se dote d’outils éducatifs permettant à
tous d’atteindre les niveaux requis, soit son niveau de vie, ses
emplois et son attractivité internationale vont s’effriter
de façon toujours plus marquée. Mais un tel effort a un
prix, qu’aucun canton ne peut assumer seul. Il est donc urgent de
revoir nos priorités et de mettre nos ressources en commun, afin
de disposer des professeurs, des écoles et des programmes qui
nous permettront de résister à la concurrence mondiale.
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