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Barclays et Withers contredisent la critique des banques suisses
[ Jean-Luc Jolliet - L'Agefi - 15.08.2005 ]

« Messieurs les Anglais, tirez les premiers » : cette célèbre invitation ne manquait pas de panache. Mais les temps et les mœurs ont bien changé. Aujourd’hui, certains Anglais ne se font plus prier pour tirer à vue sur la Suisse, ses banques et son secret bancaire. Mais ne nous laissons pas impressionner. En effet, deux acteurs majeurs de la finance britannique, Barclays Bank et Withers, viennent, eux, de confirmer leur grande confiance en notre place financière.

Surfant sur l’émotion provoquée par les sanglants attentats de Londres, Gordon Brown, ministre britannique des finances, a dénoncé les places financières - extérieures à l’Union Européenne et aux USA - qui n’en feraient pas assez pour lutter contre le terrorisme et son financement. Désigner des boucs émissaires étrangers est évidemment plus facile que de s’interroger sur les causes d’une haine assez puissante pour motiver de jeunes immigrés des banlieues défavorisées à sacrifier leur vie en des attentats aveugles.

Face à tant de morts innocentes (et aux traumatismes des survivants), Gordon Brown aurait aussi pu mettre en question la complaisance qui a permis au radicalisme islamiste de se développer aussi librement au Royaume-Uni, avec ses propres voies de collecte et de circulation des fonds, qui échappent totalement au système bancaire. Or, faisant feu de tout bois, Gordon Brown a préféré incriminer le secret bancaire… étranger. En effet, jusqu’ici, curieusement, ce vindicatif ministre des finances ne s’est guère préoccupé des très opaques paradis fiscaux britanniques que sont Jersey, Guernesey ou Gibraltar

Faut-il se choquer de cette hypocrisie ? L’erreur serait de juger ces différences d’attitude en termes de morale ou d’honnêteté intellectuelle. Car le véritable enjeu n’est malheureusement pas l’éthique, mais bien la concurrence. Le succès des banques suisses fait des jaloux. D’où le moralisme à géométrie variable de la presse londonienne, qui oublie trop souvent la parabole biblique de la paille et de la poutre…

D’où, aussi, des critiques régulières sur le conservatisme et le prétendu manque de performance de gestion des banques suisses. En réalité, les clients de nos banques, eux, lors du brutal éclatement de la "bulle Internet", se sont plutôt félicités de notre longue expérience de la protection des patrimoines. Et l’on peut aussi rappeler que le dynamisme de la place londonienne doit beaucoup aux banques étrangères, suisses notamment (dont UBS, leader mondial des hedge funds).

Mais l’inverse est aussi vrai. Et la meilleure réponse que l’on puisse donner à la presse anglaise est de souligner l’attrait que la Suisse continue d’exercer sur les banquiers britanniques. En effet, deux acteurs majeurs de la place londonienne viennent de choisir Genève pour y développer leurs activités de private banking ou d’accompagnement de familles.

Présent dans 70 pays, employant plus de 78'000 personnes, le groupe Barclays est l’une des trois plus importants instituts britanniques et l’une des dix premières banques du monde. Or, c’est à sa banque suisse, qu’il considère comme un centre d’excellence, que Barclays a désormais confié le développement de son private banking international. Et sa mission mérite attention : « cloner l’expérience, les compétences et la qualité de ses équipes suisses dans les autres unités de gestion de fortune du groupe », à Dubaï et en Asie notamment. En affichant cette volonté, les dirigeants de Barclays ne rendent-ils pas un très bel hommage au professionnalisme et à la riche tradition de service des banques suisses ?

Pour sa part, la même semaine, Withers LLP a annoncé son installation à Genève. Une arrivée significative car, avec 85 associés et plus de 500 avocats ou autres spécialistes confirmés, Withers est le plus important cabinet juridique se consacrant aux intérêts personnels, professionnels et charitables d’une clientèle internationale très haut de gamme, dont « la fortune personnelle dépasse » souvent « celle de nombreuses entreprises cotées aux bourses de New York et de Londres ».

Sachant juger des réalités plutôt que des préjugés, la stratégie de Barclays et de Withers, tout comme les succès helvétiques de HSBC ou Royal Bank of Scotland, contredisent singulièrement les dénigrements constants de la presse londonienne. Ce qui méritait d’être souligné.

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