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Face à la chute des marchés, les banques freinent le recrutement.
[ Fabienne Bogadi - Le Temps - 12.09.2004 ]

Contrairement aux prévisions, les banques privées ont revu à la baisse leurs engagements après une période d'embauches massives. C'est que, face à la chute dramatique des marchés boursiers et donc des revenus des établissements de gestion de fortune, ces derniers sont particulièrement confrontés au difficile exercice de la maîtrise des coûts. Eric Denzler est le fondateur et directeur de Denzler & Partners, un cabinet actif dans le recrutement de cadres supérieurs et l'évaluation d'équipes dirigeantes. Un des principaux axes de son activité concerne la banque privée et le domaine bancaire. Il s'intéresse également de très près à e-talents.com, une société qui met en place des solutions pour le traitement des candidatures spontanées sur le Net. Il nous livre son analyse sur le revirement des banques face aux engagements.

Alors qu'au début de l'année, les banques privées genevoises annonçaient encore l'engagement de plusieurs centaines de personnes, on assiste depuis plusieurs semaines à un retournement de situation. Non seulement, elles ont fortement corrigé leurs prévisions d'engagements mais en plus le recours aux licenciements n'est plus exclu. En Suisse romande, l'UBP a été la première à procéder à des suppressions de postes. Eric Denzler, conseiller en ressources de management et fin connaisseur du marché de l'emploi dans le monde bancaire, fait ici le point. Selon lui, la situation n'est pas si dramatique. Plutôt que de parler de gel des embauches, il préfère évoquer un " réajustement ".

Le Temps: Comment expliquer le brusque gel des engagements auquel on assiste dans les banques privées, qui semblent avoir perdu leur optimisme presque euphorique de l'année dernière ?
Tout d'abord, il faut remettre les choses à leur juste place. Elles n'ont pas gelé les engagements, mais procédé à une révision à la baisse. A ma connaissance, il s'agit plutôt d'un réajustement, c'est-à-dire d'une concentration des banques privées sur les engagements vraiment importants pour leur avenir. Cela posé, il se trouve que les marchés financiers vont mal, les revenus de courtage chutent de manière dramatique. Et les banques de gestion de fortune vivent d'honoraires, elles ne font pas d'opérations de bilan. A cela s'ajoute que le personnel constitue la part la plus importante des charges. Donc, il est évident que lorsque les bénéfices diminuent, on regarde du côté du plus gros poste du budget, et on ralentit les embauches.

Toutes les banques sont-elles concernées au même titre par cette marche arrière ? Et qu'en est-il des banques étrangères ?
Les grandes banques sont moins touchées, parce que l'économie se porte mieux que les marchés. Et elles sont moins dépendantes des marchés que les établissements privés. Quant aux banques étrangères, celles qui sont actives uniquement dans la gestion de fortune subissent sans doute le même sort que les établissements helvétiques.

Va-t-on prochainement assister à des licenciements chez les banquiers privés ?
Je serais très étonné que les banquiers privés genevois se mettent déjà à licencier. Ils ont une responsabilité sociale qu'ils prennent très au sérieux. En outre, ils ne veulent pas prendre le risque de se priver de collaborateurs valables qu'ils auraient de la peine à remplacer si les marchés devaient repartir à la hausse.
Ce refus de licencier ne découle-t-il pas également d'un désir de soigner son image ?
Je suis convaincu que le banquier privé a un souci réel du confort de ses gens. C'est sa manière à lui de remplir son rôle d'élément important de l'économie locale. Ce n'est pas primordialement un souci d'image. D'ailleurs, si vous interrogez ses employés, rares sont ceux qui se prétendent mécontents.

A votre avis, cette tendance à réajuster le recrutement est-elle due à une situation réellement tendue ou correspond-elle à une mesure de prévention ?
Il s'agit sans aucun doute d'une mesure de prévention. Les banquiers suisses sont confrontés à un délicat exercice d'équilibre, du fait qu'ils sont soumis à une concurrence accrue, notamment de la part des gestionnaires de fortune américains, aux méthodes plus musclées. S'ils licencient inconsidérément, ils risquent de perdre d'excellents éléments au profit de la concurrence. Et s'ils ne font rien, leurs bénéfices risquent de s'en ressentir.

Tous les métiers de la banque sont-ils concernés ? Ou existe-t-il encore certains profils plus recherchés que d'autres ?
Tous les profils ne sont pas concernés de la même manière. Les gens qui sont capables de gérer efficacement des portefeuilles et de trouver de la clientèle, ainsi que les analystes financiers et les bons informaticiens, restent très recherchés. Les spécialistes métiers aussi, comme les médecins financiers, qui ont à la fois la compétence de comprendre les enjeux de la recherche médicale, et celle de suivre les marchés. Ils constituent une denrée rare, donc très précieuse. A l'inverse, les profils les moins spécialisés, les emplois de back office et tous les métiers qui peuvent être remplacés par l'informatique sont menacés. Parallèlement à tout cela, on peut évoquer un phénomène relativement nouveau, le mercenariat. Les spécialistes ont de plus en plus tendance à se proposer au plus offrant. En termes de salaire bien sûr, mais pas seulement. Ils exigent également que leurs compétences soient bien utilisées. Ces spécialistes, médecins, informaticiens, analystes, sont conscients de leur valeur. Ils sont très mobiles. Par conséquent, alors même que les banquiers sont à la merci des marchés, ils ont une responsabilité à l'égard de leurs spécialistes qu'ils se doivent d'utiliser correctement. Ce qui crée une tension assez complexe à maîtriser.

Quelles sont les conséquences de cette tension sur la gestion et l'organisation du travail au sein des banques ?
Elles sont obligées de mettre en place une vraie gestion des ressources humaines, c'est-à-dire avec des gens capables de diagnostiquer si les collaborateurs occupent bien les postes équivalents à leurs compétences. Elles doivent aussi améliorer leur offre de formation et revoir leur politique de rémunération. Elles deviennent également extrêmement sélectives, et ne recrutent plus à la légère. Leur mot d'ordre actuel est de remplacer la quantité par la qualité.

Cette tendance au gel des recrutements va-t-elle s'intensifier encore ? A quoi pouvons-nous nous attendre pour l'année prochaine ?
Je n'en ai pas la moindre idée. Sommes-nous en train d'entrer en récession ? Nul ne sait de quoi l'avenir sera fait. Une seule certitude, les banques privées sont dépendantes des marchés financiers. Elles continueront donc à suivre leur évolution et à moduler l'ampleur de leurs recrutements en fonction de leurs priorités et de leurs résultats. Aussi ne peut-on pas parler de crise, mais de gestion saine
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