Profession chasseur de têtes
[ Jean-François Hugentobler - Coopération - 09.11.2005 ]
Débusquer les cadres de haut niveau sur un marché du travail toujours plus exigeant, voilà la mission du chasseur de têtes. Gros plan.
Malgré l'abondance de l'offre, le recrutement des managers de pointe se révèle souvent difficile pour nombre d'entreprises à la recherche de la perle rare. C'est là qu'interviennent les chasseurs de têtes. Apparue au début des années 1960 aux Etats-Unis, cette profession jouit parfois d'une réputation sulfureuse. En Suisse, près de 10% des cadres supérieurs sont recrutés par la cinquantaine de chasseurs de têtes présents sur le marché. Cette chasse particulière s'opère généralement en trois phases, indique Eric A. Denzler, fondateur de Denzler & Partners SA, société implantée à Nyon et spécialisée dans le conseil en ressources de management.
Tout d'abord le consultant définit avec l'employeur les exigences du poste à repourvoir. Puis, il sonde le marché de l'emploi et sélectionne le «gibier» susceptible de répondre au profil désiré. «Nous jouons franc jeu avec les candidats retenus. Nous examinons avec eux si le poste envisagé représente un réel avancement pour leur carrière. Il ne s'agit pas de quitter une fonction pour une autre uniquement parce qu'elle est mieux rémunérée.» A ce stade la question du salaire devient secondaire: près de 80% des personnes approchées par les chasseurs de têtes ne sont pas en recherche d'emploi.
«A ce niveau, le facteur déterminant est l'intérêt du job proposé et ses perspectives.» Mais quelles sont les qualités demandées au candidat? «La formation, les diplômes bien sûr, mais aussi l'expérience, la maîtrise des langues.» Dernière phase: le suivi. «Nous nous assurons que le nouveau collaborateur s'est bien intégré dans l'entreprise.» «Les échecs ne dépassent pas les 10%. Ils sont généralement dus à des problèmes relationnels ou au fait que le poste ne correspond pas à l'attente du postulant.»
Gain de temps et efficacité, voilà les principaux avantages invoqués par les employeurs qui ont recours aux services du chasseur de têtes. «Cela nous offre un panorama plus large du marché de l'emploi. Cette option nous permet aussi de mieux cibler nos besoins et d'atteindre certains objectifs comme, par exemple, celui d'augmenter la représentation des femmes cadres au sein de notre entreprise», affirme-t-on du côté de chez Novartis à Bâle. Même son de cloche auprès de l'UBS. «Ce genre de services s'avère utile notamment pour embaucher, dans la plus grande discrétion, des managers exerçant des activités très pointues.»
«Du travail sur mesure»
Le chasseur de têtes aide l'employeur. Entretien avec Eric A. Denzler, fondateur de Denzler & Partners SA.
COOPÉRATION. Comment devient-on chasseur de têtes?
ERIC A. DENZLER. En ce qui me concerne cela s'est fait un peu par hasard. Ingénieur chimiste de formation, j'ai eu un beau jour l'opportunité de travailler dans l'un des plus grands cabinets actifs dans le conseil en ressources de management, avant de fonder ma propre société.
La concurrence est-elle rude?
Le problème est que notre profession ne jouit d'aucune protection. N'importe qui peut se prétendre chasseur de têtes en s'appuyant sur son seul carnet d'adresses. Mais, contrairement à une agence de placement ordinaire, notre rôle ne se limite pas à jouer les intermédiaires. Nous aidons l'employeur à cerner précisément le profil du candidat idéal.
Etes-vous sollicité par tous les secteurs de l'économie?
Les autorités publiques font rarement appel à nous pour recruter leurs cadres. Cela ne représente qu'un très faible pourcentage de notre activité. Nos principaux mandats proviennent évidemment du secteur privé: banques, entreprises industrielles.
Comment faites-vous pour maîtriser tous ces domaines d'activités?
Notre cabinet dispose d'un réseau d'adresses considérable. A chaque nouveau mandat, nous procédons à des recherches très poussées dans le secteur concerné.
Un candidat habile peut-il vous tromper sur ses réelles compétences?
Rarement. Nous contrôlons avec une extrême vigilance toutes les références que nous lui demandons de nous fournir.
Quels tarifs?
La règle générale veut que le chasseur de têtes prélève comme honoraire un tiers du salaire annuel du candidat retenu. Cet honoraire est fixé à l'avance et n'est pas négociable. Les tarifs peuvent varier selon la complexité du poste, les démarches et les recherches entreprises pour dénicher la perle rare. Bien entendu les entreprises ont recours aux services des chasseurs de têtes que pour des emplois de très haut niveau. On parle ici de rémunérations dont les plus basses se situent autour des 200000 francs.
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